SPORT & ALLERGIES : INCOMPATIBLES ?

« Une vieille histoire racontait que les asthmatiques ne devaient pas faire de sport… Ils doivent en faire mais ils doivent aussi aménager leur pratique» pose le Docteur Sophie Silcret-Grieu, allergologue à Paris. Asthme, allergies respiratoires, alimentaires, mais aussi pollution. Tour d’horizon complet.

Sport et asthme : l'effort prolongé comme facteur déclencheur 

« Il faut équilibrer la maladie asthmatique pour faire du sport. On ne doit bien sûr pas le pratiquer si l’asthme est instable ou si l’on est en crise. Un sport, toutefois, est contre-indiqué : la plongée sous-marine avec bouteille. L’équitation, aussi, si la personne est allergique aux chevaux en raison de leur pouvoir allergisant. Souvent, les asthmatiques soutiennent plus les sports interrompus du type tennis, basket ou foot, que les sports d’endurance. L’effort prolongé est un facteur déclencheur de l’asthme.»

« Il est important de noter que l’asthme peut être masqué chez un sportif. On le voit quotidiennement. Grâce à leur bonne condition physique, ils peuvent compenser un asthme. J’ai vu des marathoniens faire des malaises pendant la course ; il s’agissait en réalité de crises d’asthme. C’est comme une pompe à vélo avec le raccord bouché. Si on est musclé, on ne s’en rend pas compte et on compense. Si l’on est plus faible, on le sent. Ainsi, le diagnostic peut être retardé chez des personnes qui font du sport régulièrement (qui courent trois fois par semaine par exemple)

Allergies au pollen : bien se connaître

«Les allergies respiratoires peuvent poser problème quand on fait du sport. Si l’on est allergique au pollen, je conseille plutôt de courir tôt le matin ou en fin de journée plutôt qu’en milieu de journée, qui est le moment où les pollens sont le plus présents dans la nature. Le meilleur temps, c’est quand il pleut ou qu’il a plu. En gros, le mauvais temps, puisque les pollens sont par terre. Le pire, c’est le temps sec avec du vent parce que ça dissémine les pollens dans l’air que l’on respire.

Il faut se montrer prudent en prenant des anti-allergiques que votre spécialiste vous aura prescrits (antihistaminiques, gouttes pour le nez…). C’est pareil avec l’asthme, il faut toujours avoir son anti-asthmatique de secours avec soi. De manière générale, il est essentiel de disposer d'une bonne connaissance de ses allergies : savoir à quoi on est allergique, consulter les bulletins polliniques pour être informé de ce à quoi on peut être confronté selon les périodes de l’année…

Si l’on est allergique aux acariens, on déconseille les lieux très poussiéreux. Mais les gymnases, en général, ne sont pas particulièrement propices aux allergies.

Allergie alimentaire aggravée par le sport

«Je souhaitais attirer votre attention sur une forme très particulière d’allergie alimentaire aggravée par l’effort physique. C’est rare mais c’est spectaculaire. Il s’agit de l’anaphylaxie au blé induite par l’exercice, qui est une allergie aux protéines du blé. Quand certaines personnes associent des protéines de blé à un effort physique, ce qui est très courant avec les pâtes par exemple pour ne citer que ce plat, ça peut provoquer des allergies sévères pouvant aller jusqu’au choc allergique. Pour confirmer le diagnostic, il faut faire des tests cutanés et sanguins chez un allergologue. Si cette allergie est constatée, la consommation de blé dans les trois à quatre heures précédant un exercice physique est alors interdite. L’effort physique, ça peut être de la danse en boîte de nuit, de la marche rapide…»

Comment les patients s’en rendent-ils compte ? «Ils peuvent avoir de l’urticaire, une gêne respiratoire, un oedème, des démangeaisons, et ça peut conduire jusqu’au malaise… Ils viennent généralement consulter pour ces manifestations-là. Et quand on les interroge, on se rend compte qu’ils avaient mangé du blé avant de faire un effort physique. Dans ce cas-là, l’effort physique peut aggraver l’allergie alimentaire. Cette allergie concerne bien moins de 1% de la population française, et ça n’a rien à voir avec la mode du sans gluten ! Seul l’allergologue peut faire un diagnostic formel. Et ces allergies alimentaires graves imposent d’avoir toujours avec soi une trousse d’urgence contenant un stylo d’adrénaline.»
 
«De manière générale, le choc anaphylactique est la forme la plus sévère de l’allergie, avec une chute de la tension artérielle provoquant un malaise et pouvant aller jusqu’à l’arrêt cardiaque.»

Urticaire d'effort : quand on est allergique à l'effort

«Il existe aussi l’urticaire d’effort. En général, ça fait rire les gens quand on leur dit qu’ils sont allergiques à l’effort ! Ils viennent nous voir, pensant qu’ils sont allergiques à la sueur, mais ça n’existe pas. On connaît aussi l’urticaire au froid : les personnes concernées ne peuvent pas courir à l’extérieur en plein hiver ni plonger dans une eau très froide. Elles ne doivent d’ailleurs JAMAIS aller se baigner toutes seules et ne doivent JAMAIS entrer rapidement dans l’eau. Certaines noyades par hydrocution sont en réalité des accidents dus à une allergie au froid.»

Des allergies en tous genre

«Il existe aussi des allergies à des baumes en tout genre, anti-inflammatoires, contre les douleurs…  C’est une source d’allergie de contact. Si après leur application, on a des démangeaisons ou un eczéma qui persistent, c’est qu’il s’agit donc d’une allergie de contact à un composant. On risque donc de réagir à des produits de la même famille.

Il existe d’autres allergies plus rares : au latex, au caoutchouc, ce qui peut causer de l’eczéma. Ces eczémas de contact peuvent être provoqués par certains matériaux, vêtements ou accessoires, comme les genouillères des joueurs de foot, par exemple.»


Et la pollution ?

«C’est un irritant. Ce n’est pas un allergène, qui se définit comme une substance non toxique mais irritante selon les personnes en fonction de leur système immunitaire. La pollution irrite les voies respiratoires chez tout le monde et elle peut amplifier certains symptômes. Il faut ainsi éviter de faire du sport les jours de grande pollution si l’on est asthmatique. Quand on pratique une activité physique, notre débit respiratoire augmente et on inhale plus d’air et donc plus de particules polluantes. C’est un facteur aggravant à prendre en compte.»

Le mot de la fin
«Il y a de plus en plus de personnes allergiques. On estime qu’environ 30% de la population l’est et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu’on sera à 50% dans les années 2050. Ce sont des pathologies qui nécessitent d’être prises en charge très sérieusement. Le sport ne guérit pas l’allergie mais c’est bon pour la santé.»

PAR J.G
Article paru sur le site Ilosport

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